En guise d'avertissement à l'intention de ceux qui ont renoncés à croire au Père Noël.
Il est jeune ou vieux, homme ou femme, riche ou pauvre.
On le rencontre dans tous les milieux, au sein de chaque famille, au coeur de tout homme.
Son ennui et son insatisfaction le suivent comme une ombre.
Il semblerait que jamais rien ne soit suffisamment beau pour lui plaire.
Son esprit se gangrène, l'infection prolifère, le poison est violent :
" Tu ne dois rien à personne. Tu es le Roi. Tout t'est dû. "
Pourtant il n'aspire qu'à une petite vie bien tranquille…
Il manie avec brio l'art de tout rendre ordinaire, banal, insignifiant.
Dans son regard éteint le monde se rétrécit, se racornit, devient tout gris.
Le dîner est trop chaud ou pas assez salé. Il se lève trop tôt ou trop tard.
Il voudrait faire ce qu'il ne peut pas et ne veux pas faire ce qu'il pourrait.
Quoiqu'il parvienne à obtenir, il regrettera toujours ce qu'il aurait pu avoir.
La tragédie, c'est qu'il s'ennuie. Il ne sait que faire de ses dix doigts.
Pourtant il n'aspire qu'à une petite vie bien tranquille…
Il est blasé, il a tout vu, tout fait, tout compris, il n'a plus rien à apprendre.
Il raconte son existence au passé de l'imparfait. Colère, regret amer, dégoût.
Le futur envisagé n'est que la pâle reproduction du présent. Sans intérêt.
Ainsi rien ne vaut vraiment la peine de rien. Il se décrète en retraite anticipée.
Les jeux sont faits. Circulez, y'a plus rien à voir ! Il est vidé, rincé, épuisé.
Il ne croit plus en rien. La saloperie humaine infecte tout ce qu'il regarde.
Pourtant il n'aspire qu'à une petite vie bien tranquille…
La saloperie humaine, ça le connaît, ça rampe dans ses veines.
Ca s'immisce. Ca frappe à son insu. Lui ou l'autre, selon…
Car c'est un être sensible, hyper sensible peut-être. Le mal est insoutenable.
Il craque sous sa pression, appuie sur la gâchette… " Légitime défense, Monsieur ! "
Projette le mal au loin. Ce mal qui lui dévore le cœur. Inexorablement.
Ca pourrait être un saint car son cœur se déchire de compassion. Le martyrise.
Pourtant il n'aspire qu'à une petite vie bien tranquille…
Le plus terrible, c'est qu'il en a conscience. Une conscience qui le hante.
Il a décrété qu'il ne mérite pas une vie meilleure. Il se dit qu'il est pourri.
C'est sans appel, sans espoir, il s'est accusé et jugé. Sans pitié.
Il se condamne à errer comme une âme en peine. Il faut bien se punir.
Il n'imagine pas qu'il pourrait changer les choses, se redresser, se rétablir, guérir.
Une puissante inertie le cloue au sol. Sans élan, sans étincelle, sans sève.
Pourtant il n'aspire qu'à une petite vie bien tranquille…
Le désenchanteur est un homme sombre et torturé. Tortueux, probablement.
En vérité, il ne parvient à se réjouir de rien. Car au fond rien n'a d'importance.
L'existence est une farce cruelle.
L’être humain est un monstre. Rien qu'un maudit cauchemar.
Il se répète que la partie était perdue d'avance. Que les forces étaient par trop inégales.
De toute façon, il n'a plus envie de lutter, de se battre, d'espérer. Plus le goût de vivre.
Il vaudrait juste oublier, se reposer, qu'on lui foute la paix…
tu m'as dit...