une autre terre

 
 
 
" Vers une autre terre,
au pays où ne règne
que la lumière "
Rûmi
 
 
***
" C’est la relation
qui illumine l’être "
*
 
 
" L’homme est une création
du désir, non pas une
création du besoin "
*
 
 
" Celui qui trouve sans chercher
est celui qui a longtemps
cherché sans trouver. "
*
 
 
Gaston Bachelard

chercher ailleurs...

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bienvenue à toi pèlerin

   Miss Pioui te convie* à la conversactive 
dans son élaboratoire d’alterégocité. 
Si le cœur t’en dit, 
joins-toi aux activacteurs,
viens accouchérir de nouveaux cosmondes.

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*Âmes peu sensibles s’abstenir, merci d’avance. 
 
 

& Des airs du temps

Mardi 23 octobre 2007
 " Les homnanbules proliféraient partout dans les rues et sur les écrans. Masse grouillante d’humanoïdes décervelés. Les jours moroses, ça me donnait carrément la gerbe ou le vertige. Plus moyen d’y échapper à moins d’aller vivre nulle part, en ermite. Et ça, je n’en avais nullement l’intention. J’étais passé grand maître dans l’art du camouflage."
Débecq " Le carnaval des roboïdes "
*Homnanbule – n dormant : Désigne celui qui traverse la vie sans se voir, inconscient. Par extension, celui qui est là sans être là. Se dit aussi hypersomniaque.
Par pioui
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Mardi 23 octobre 2007
" Nous vivons des temps sombres où le vulguerre représente la norme, tandis que la sacréalité est moquée. Dénaturée. "
Dr X, Prof es Lettres.
 
*Vulguerre adj. viral et infectieux : Qui met à mort sans relâche, beauté et vérité, qui dégénère l’essence et les sens.
 
 
 
Par pioui
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Mardi 23 octobre 2007
" Affranchis-toi des un-tiers-dit et tu goûteras la liberté, ordage. "
Soc, antique philosophe
 
Un-tiers-dit, nom-lieu commun : ce que pro-faire ou pro-fan autrui, enfer de masse.
 
Par pioui
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Mardi 23 octobre 2007

" On reconnaît l’origénial à son incorruptible fidélité à l’entremoise. "

Albert E. Prix Nobel de physique.

*Entremoise n. invariant : Référence auto-intégrée, sans tiers médian
*Origénial n. rare : Etre dont le génie propre est de cultiver essentiellement sa divunité

Par pioui
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Mardi 23 octobre 2007
" Au passant somnanbuleux, j’adresse cette supplique: Deviens l’activacteur origénial de ton existence ou ta vie n’aura servit de rien. "
F.M.R, poète disparu
 
Activacteur n. ferment : Fervent profête d’Arnovâteur
 
Par pioui
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Mardi 23 octobre 2007
" Trop souvent on confond l’avidamour avec l’amour. L’homme ordinaire s’imagine d’autant mieux aimer l’autre, qu’il règne sans partage sur sa vie. Du point de vue clinique l’avidamour est à rapprocher du phénomène de la possession. Dans les rêves, il apparaît aussi fréquemment représenté sous les traits de l’ogre, du vampire ou d’une entité extraterrestre. "
 
Alain Clerc, psychiatre urgentiste
 
*Avidamour n. vorace : Ressentiment que l’on éprouve pour ce auquel on s’attache.
 
Par pioui
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Mardi 23 octobre 2007
" Aujourd’hui la T-Lèd tient lieu d’entremoise. L’époque se caractérise par une molle soumission aux programmes et aux ordres des un-tiers-dit. L’opinion tient lieu de conscience. C’est une véritable entreprise de sape à l’échelle planétaire. Les beaux esprits sont en voie d’extinction. L’esprit disparaît du champ public. Décrété dangereux. Proclamé inutile. Vulguerrisé (…) "
Comte- Feuardent, philosociologue
 
T-Lèd (visions) nom-lieu vulgaire  : Plate eau, pignon des rues, au culte " l’amasse " 
 
Par pioui
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Jeudi 25 octobre 2007
 
 
 " Dans les sociétés primitives, clochétiser était aussi naturel que respirer, un véritable art de vivre. A l’ère technologique, le phénomène d’empanache tend à disparaître totalement au profit d’un virtualisme éminemment insubstantiel et inessentiel. "
 
Vince Glad, anthropologue polymorphe
 
" Clochétise ton prochain comme toi-même "
 
Barde feuillu, " Invite à l’adresse du Petit Peuple "
 
 
 
§
 
 
Un groupuscule de dangereux arnovâteurs a insidieusement noyauté nos prestigieuses Académies d’Incultures. Ces délétères individus prétendent " Clochétiser le monde ", selon la formule consacrée de leur fumeux leader , incontestablement désorbité, Vince Glad, l’anthropologue*.
 
 
* Vince Glad a été rayé du vénérable Ordre des Anthropologues à la suite d’une déclaration publique où il accusait, soit disant preuves à l’appui, la corporation scientifique d’étroitesse de vue, de manipulation et de désinformation éhontées.
Coupure de presse : Panam’ Virt, le quotidien étatique
 
§
 
Clochétiser v. enfantin : Activaction ludique d’empanacher, de magnifier et de bénir. Peu usité de nos jours. S’emploie parfois à l’égard des crédules ou des simplets.
 
 
Par pioui
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Vendredi 22 février 2008
 
***

Mesdemoiselles, mesdames et messieurs, je suis fier et honoré de vous convier tous à participer au grand Tirage aux Sorts du Nouvel An, surtout célèbre comme Jeu du " Stop ou encore ? ", la célébrissime Foire aux Métamorphoses du Jour de l'An.

Mesdemoiselles, mesdames et messieurs, je vous le demande, allez-vous enfin en oo8 vous décider à changer de peau, de lieu, de façon d'être, de moyens d'action, d'habitudes, de goûts ou d'espérance ?

Etes-vous prêts à entrer dans la danse, à choisir vous-mêmes les couleurs de votre avenir comme à en assumer les conséquences sans regret ni réclamation ultérieurs ?

Faites vos choix, mesdemoiselles, mesdames et messieurs, la roue tourne… N'attendez plus, le temps presse, qu'allez-vous décider ? Allez-vous dire : Stop ou encore ?

Projets inaboutis, rêves en déshérence, souvenirs poussiéreux, chagrins d'amour désuets, pâles regrets, ambitions contrariées, attaches douloureuses ?

Les chargerez-vous encore dans votre hotte pour une nouvelle année ? A vous d'en juger !

Qu'allez-vous vous accorder " Pour le meilleur ou pour le pire " ? Ca vaut la peine de s'y arrêter, n'est-ce pas? Alors qu'en dites-vous : Stop ou encore ?

L'amour, la famille, les amis, la maison, le boulot, les plaisirs, les engagements, les devoirs, les obligations, les désirs, les rêves, les corvées, les pièges, les manques, les joies ?

Faites le tour complet du cercle de votre vie… A quoi voulez-vous dire " Stop ou encore ? "

Que désirez-vous vraiment, qu'est-ce qui vous inspire le plus, vous donne de l'élan, du plaisir, flamme et légèreté?


Qu'est-ce qui vous pèse, vous étouffe, vous retient, vous pompe, vous écœure, vous éteint ?

Faites vos jeux, mesdemoiselles, mesdames et messieurs, la roue tourne… Allez-vous tenir ou lâcher, décréter Stop ou encore ?

***

- Eh, t'entends ça ? Il est complètement givré ce type, carrément gonflé, un drôle de provocateur ! On dirait un prêcheur faisant la retape devant la roulette d'un casino de Monte Carlo ou un fou errant interpellant le badaud devant les cibles des stands de tir à la foire du trône ou encore un camelot verbeux officiant dans le cabinet d'un psy à la mode… Il a complètement déplafonné le pauvre !

Incroyable quand même qu'on ose confier une émission de grande écoute à un tel barjo! Je crois qu'ils sont tous devenus complètement cinglés là-bas, totalement déboussolés, hallucinés par leurs miroirs aux alouettes…

Je ne voudrais pas te vexer, mais ton monde, personne ne choisirait d'y vivre si on lui laissait le choix. Jamais vu une pareille concentration d'aberrations, ça dépasse tellement l'entendement qu'on arrive même pas à l'imaginer!


Je me suis déjà demandée si par hasard ce ne serait pas une espèce de planète – prison ou de planète de quarantaine, et puis de nos jours ça finit par ressembler à une planète - poubelle, tu crois pas?


D'accord c'est super super grand, immense même, OK. Mais quand même, quand tu peux pas t'en aller de là où tu es, moi j'appelle ça " être enfermée ". N'ayons pas peur des mots, un chat est un chat, non ? On va pas se voiler la face toi et moi ! On est bel et bien coincées sur cette putain de planète d'aliénés? Ou bien? T'as fini par trouver la sortie et t'as oublié de me le dire mais tu vas nous extraire de ce mauvais pas, promis, juré, craché? Non, je plaisante, te bile pas, ce n'est pas une rechute... Je suis gonflée à bloc, appelle-moi Peps, s'il te plaît, nouvel an, nouveau nom. Logique! La môme Peps, ça swingue bien, non?


N'empêche, c'est pas con son truc au prêcheur, quand même ! Hein, tu m'écoutes ? Qu'est-ce que tu en dis, toi ? Il est hyper trop bizarre ce mec !


- Il te propose de vider ton sac, d'étaler tout ça autour de toi pour bien examiner chaque chose en particulier, l'une après l'autre, sans rien dédaigner, tout en gardant la vision d'ensemble...


Oui, ça tient la route son histoire. Imagine que tu prépares ton paquetage pour une destination nouvelle, inconnue… Sûr que tu as envie de faire le tri très sélectif de ce dont tu as réellement besoin… Pas la peine de continuer à traîner vitam eternam derrière toi des choses qui n'ont plus d'utilité ni d'intérêt et qui risquent à contrario d'entraver ta liberté d'être ou d'agir… Ca se défend comme raisonnement…


C'est un peu comme quand tu déménages, tu passes tout au crible, tu en profites pour faire le point, tout le tour de la question, en long, en large et en travers… Grand tri, grande lessive… Lâcher de lest… Nouvel élan...


- Vu comme ça, ça semble évident.

Tu le savais toi que plein de gens portent les paquets d'autres personnes - qu'en plus des fois ils ne connaissent même pas ? C'est pas dingue ça ? Faut pas être gravement tordu pour faire des trucs pareils ou méchamment maso, du genre de la chanson que tu aimes bien, tu sais l'enragée qui chante : " Fais moi mal Johnny, Johnny, Johnny… Moi j'aime l'amour qui fait Boum ! " ? 


- Oh que oui, je le sais ! Quand tu dis plein de gens t'es très très largement en dessous de la vérité. Tu peux dire "à peu près tout le monde", exceptés quelques êtres tout à fait hors du commun… Ceux-là, ils ne courent pas les rues, je te le garantis… Sans parler de tous ceux qui sont déjà morts depuis des lustres...


- Chaque existence recèle un paysage que l'on peut aimer contempler…


On s'attache à son paysage familier, on se reconnaît en lui, beau et laid, parfois l'on s'imagine même qu'il nous représente…
On a peur de n'être rien sans lui - démuni, fragile, perdu…
Dangereusement nu…


Je crois que c'est pour cela que malgré tout chaque année on re-signe, tacitement, sans s'en apercevoir les mêmes contrats stockés comme toujours dans les mêmes valises fatiguées, déformées, avachies, mais tellement rassurantes…


Les gens, tu sais, ils me font vraiment de la peine, ils ont tellement l'air d'aimer leurs souffrances qu'ils leur restent fidèles quitte à en crever… C'est terrifiant, tu trouves pas ?

***


Attention, mesdemoiselles, mesdames et messieurs, notre Grand Orchestre va rejouer maintenant, ici même, pour vous, peut-être pour la toute dernière fois ce soir, l'antique valse " Mêmes causes, mêmes effets ! ". Tournez manège ! Approchez-vous, n'hésitez plus.


Venez participer au Grand Tirage aux Sorts 008, la très fameuse Foire aux Métamorphoses. Ne soyez pas timides, avancez donc ! La roue vous attend… c'est maintenant à vous de choisir… Soyez particulièrement attentifs, tout votre avenir en dépend…


Qu'êtes-vous prêts à vous permettre en l'an 008 ?


Direz- vous: Stop ou encore ?

***


- Bien sûr que c'est terrifiant ! Ca n'a pas traumatisé que toi, je te rassure, tu es loin d'être la seule ! J'en ai vu aimer infiniment plus d'obscurs drames remontant à la nuit des temps que leurs propres enfants ou leurs soi-disant conjoints chéris! Tu parles! Ca empeste la mort à des kilomètres à la ronde, t'oses même plus respirer, ça te colle la chair de poule… Ceux-là je les fuis comme la peste bubonique et la rage et le choléra…

Tu sais, ce que dit le type à la radio? Je l'ai fait… Si j'te jure ! Je ne m'en étais pas rendue compte sur le moment, mais maintenant je vois que je l'ai fait. Tout l'automne, de la cave au grenier, grande revue de la générale. Quand je te dis je l'ai fait, c'est façon de parler, parce que la vérité c'est que ça s'est fait tout seul.


… C'est bizarre, des fois par exemple, je parle, je lis, j'écris, je rêve, je cuisine, je suis très concentrée sur ce que je fais, et bien à l'arrière plan ça travaille, autonome, indépendant. Dans ces moments-là, j'ai l'impression d'avoir un ordinateur dans le crâne, qui effectue les tâches programmées sans se soucier de moi le moins du monde, tu sais un peu comme l'intelligence artificielle de la robotique…


- Tu as l'air d'oublier que je t'ai suivi à chaque pas de ta visite, j'ai tout vu, tout entendu. Je suis toujours là, n'oublie pas. Ce n'est pas parce que tu ne penses pas à moi que je disparais pour autant. Je suis toi, c'est tout.


- Excuse, la môme Peps! c'est parce que j'adore discuter avec toi, j'ai toujours besoin de t'expliquer ce que je vois, j'ai besoin de ton avis, tu comprends ? Toi, tu restes à part, tu regardes forcément autrement puisque tu n'es pas dedans. Tu as une sacrée chance, tu sais, tu n'es pas piégée dans cet invraisemblable jeu de miroirs à la con…


Ecoute, cette fois, je suis tout à fait décidée. Cette année on s'associe à parts égales toi et moi, on travaille main dans la main, on se dit tout. Genre sœurs siamoises, enfin, on forme un tandem quoi, style 2 en 1, OK petite sauvageonne ?


- OK. Tu sais, ton super inventaire ? J'étais présente, je l'ai déjà dit, mais rappelle-moi, qui faisait les choix, toi, moi ou toi et moi ?


Oui… Je vois que tu comprends où je veux en venir… Allez, Go !


***

En piste, mesdemoiselles, fantastique! on y retourne, faites vos jeux…
Attention, la roue tourne… Ca va très vite, de plus en plus vite…


Ne réfléchissez pas trop longtemps, le temps presse, soyez folles !


Décidez-vous mesdemoiselles, c'est maintenant ou jamais…


Osez l'impossible, alors que nous dites-vous : Stop ou encore ?


 
 
 
 
 
Par pioui
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Samedi 23 février 2008
Grain de sable

*

- Désolé mademoiselle, il n’y a aucun Pignolo dans notre banque de données, je ne peux rien faire pour vous, je vous l’assure. Je vous prie de m’excuser, vous devez vous en aller, de nombreuses personnes attendent leur tour, vous n’êtes malheureusement pas la seule aujourd’hui à porter la même réclamation. J’avoue que je ne comprends pas ce qui se passe, notre système est infaillible. Rendez-vous compte, la NASA l’utilise aussi! 

- Oui, d’accord, peut-être… Mais écoutez-moi, j’ai téléphoné hier, la personne qui m’a répondu à immédiatement trouvée ma fiche d’identification. Essayez une dernière fois et je ne vous ennuierais plus : Pignolo, P-I-G-N-O-L-O, Aster, sans H comme Fred. C’est elle qui m’a demandé de passer pour retirer ma nouvelle clé Univ dûment mise à jour. Ce n’est pas possible qu’il n’y ait plus rien aujourd’hui, vous conviendrez que c’est totalement absurde ! 

- En effet mademoiselle c’est un mystère. J’espère que des piratinforms n’ont pas réussi à violer notre système, ce serait une pagaille épouvantable. Figurez-vous une population entièrement livrée à elle-même… Incontrôlable ! C’est effrayant quand on y pense. 

- Je ne vous cache pas que je suis moi-même très effrayée monsieur le Receveur. Je me demande si peut-être je peux espérer… un rendez-vous avec votre directeur ou tout autre responsable qui accepterait de me recevoir. 

- Oh, je suis vraiment désolé Mlle Pignolo, vous n’êtes pas sans savoir que c’est absolument impossible. Je suis le Receveur. On me paie pour recevoir les doléances des gens comme vous et apporter des réponses à leurs questions. En aucun cas, il n’est pas prévu que les usagers puissent rencontrer qui que ce soit d’autre. C’est formellement interdit par le règlement. 

- Bon… Excusez-moi encore, je ne voulais pas vous importuner… C’est que je ne sais vraiment plus que faire, vous comprenez n’est-ce pas ? 

- Au revoir Mlle Aster, bonne chance quand même !
  
***

 
La sourde angoisse qui lui noue les tripes depuis le réveil vient d’exploser en attaque de panique. " Calme-toi, respire, là, c’est bien. " Elle est assaillie d’un mauvais pressentiment, quelque part un wagon vient de dérailler… Etrange !
  

Les passants pressés foncent tête baissée sans rien voir autour d’eux. Le matin sale absorbe toute la lumière, il ne fait ni jour ni nuit. Les gens la bousculent, personne ne la remarque, figée là au beau milieu du trottoir, ne sachant que faire ni ou aller.
  

Aster s’exhorte : "  Reprends toi, c’est vraiment pas le moment de dérailler toi aussi, réagis bon sang, un peu de nerf ma fille ! ". Elle a besoin de retrouver ses esprit, de réfléchir calmement. Ses pas se dirigent instinctivement vers sa cellule de célibataire. Elle a eu un sacré coup de veine qu’on lui propose un célibulle dans ce petit quartier vert et paisible. On pourrait se croire à la campagne, c’est en tout cas ce qu’elle imagine, car elle ne l’a jamais vu, du moins réellement. 



Aster a été placée chez Mlle Adèle Hugonin, veuve d’un général de Mitraille, artiste à ses heures. Tout célibataire devant vivre sous la tutelle bienveillante d’un aîné, elle est très consciente d’avoir eu de la chance. L’Ordinateur Central ne s’est pas trompé cette fois, elles ont effectivement de nombreuses affinités. Elle espère que Mlle Adèle saura la conseiller.
  

Mais Aster n’aura plus jamais l’occasion de lui demander quoi que ce soit. La grille électronique refuse sa clé : Code inconnu, accès refusé. Impossible d’en venir à bout. Rien à faire, personne de tout façon ne lui ouvrira, c’est la règle du jeu, tu détiens le mot de passe ou tu disparais. Elle ne peut croire que cela lui arrive à elle. Pourquoi elle, c’est ridicule, ce ne peut-être qu’une erreur qui sera vite rectifiée.
  

" Bien, pour l’instant, j’ai besoin de me poser, de manger un morceau et de réfléchir ". Aster pénètre dans cette petite gargote asiatique où elle a ses habitudes, sort sa clé Univ machinalement et l’introduit dans la machine. Ejectée : " Accès refusé, code inconnu ". " Merde ! " Là non plus personne ne la regarde, personne ne remarque quoi que ce soit. " Aussi bien, je n’existe plus… "
  

Aster réalise qu’elle ne sait plus où dormir, où manger, qu’elle ne dispose que des quelques vêtements qu’elle porte et des insignifiantes babioles qui encombrent son fourre-tout. Pas grand-chose, autant dire rien. Il lui reste un dernier espoir du côté de la Firme, là-bas, elle est connue et appréciée depuis longtemps. Son service débute dans 30 minutes, juste le temps de filer. 


L’accès aux bureaux d’Inter-Com-Tech lui est défendu. C’est ce qu’elle craignait et finalement elle n’est pas surprise, pas la peine d’insister. Ils suivent leur propre logique dont elle ignore tout, comme tous les autres d’ailleurs. Régulièrement des gens disparaissent sans laisser la moindre trace, on y est habitué, on n’y prête pas garde, on les oublie vite. " Aujourd’hui c’est mon tour, Aster Pignolo n’est plus, paix à son âme! " 


Elle sait ce qu’il lui reste à faire. On effraie les enfants avec ça, dès leur plus jeune âge, pour qu’ils se tiennent tranquilles. " Si tu n’es pas gentil, le Train des brumes t’emportera au loin pour un aller sans retour. " Comme un automate ses jambes l’entraînent à l’extrême lisière de Citypole, jusqu’au terminus des échangeurs où échouent tous ceux qui comme elle, se retrouvent effacés un beau matin, sans explication ni recours. 


Personne ne sait ce qui arrive à ceux qui partent, nul n’en revient jamais révéler ce qu’il en est. D’anciennes légendes urbaines racontent que privés de leur nom, de leur identité, déchus de leurs droits et de leurs devoirs, ces pauvres malheureux retournent très vite à la vie sauvage. Oubliant toutes les règles dictées par la bienséance, vivant perchés dans les arbres ou tapis dans d’obscures cavernes, en Robinson de l’ère post-technologique. Certains prétendent même en avoir croisé à la pleine lune, aux limites de la City, vociférant, gesticulant, égarés… 


" Je ne sais peut-être pas où je vais mais désormais je m’appelle Ava ". Sans la moindre hésitation, elle grimpe dans la première voiture, déserte, s’installe tranquillement contre la fenêtre. La porte coulisse silencieusement, le train démarre sans prévenir. 


Ava ne ressent plus aucune inquiétude. Dévorée de curiosité, elle boit littéralement le paysage. C’est la première fois qu’elle s’aventure hors de l’enceinte de Citypole et pour cause, personne n’en sort jamais à moins d’en être effacé. Si elle avait su que la nature existait réellement, elle serait partie depuis longtemps. C’est insensé ! 


Ils disaient que toutes ses merveilleuses images de forêts, de montagnes, de lacs projetés en permanence sur les façades des immeubles, portaient témoignage de la magnificence de la nature avant sa destruction. Ils disaient qu’il ne faudrait jamais oublier, que nous avions ce devoir de mémoire envers les générations futures. 


Comment peut-on vivre enfermé quand la liberté est à portée de main ? Elle comprend que le secret ait été aussi bien gardé. Si les gens savaient ça, plus personne n’accepterait de vivre ainsi toute sa vie sous tutelle. Elle comprend mieux aussi pourquoi nul n’est jamais revenu. Pourquoi un détenu une fois libéré retournerait-il en prison ? Dehors on s’habitue vite à la liberté, on en est grisé, étourdi, transporté. 


Le paysage soudain lui coupe le souffle. " Oui, c’est ici… chez moi ". Le train s’arrête en douceur, Ava éblouie par l’éclatant soleil à son zénith dévale sans demander son reste la prairie ébouriffée de hautes herbes folles et disparaît dans un vallon arboré… 
 
15/01/008
Par pioui
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funambulons!

 
 
 
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" Ce que tu gardes
est perdu à jamais.
Ce que tu donnes
est à toi pour toujours."
 
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  • : j'aime, je réfléchis, je m'amuse, je rêve, je philosophe, je poétise, je remercie, je me réveille, j'appelle, je ris, je pleure, j'invente, je me libère, je m'adresse...

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